PROJET PREVERT
(Classe de seconde b du lycée de l’Oisellerie – Mars 2010)
I. Biographie de Jacques Prévert :
Jacques Prévert naît au 19 de la rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine ( Hauts-de-Seine) le 4 février 1900. Il y passe son enfance. Son père André Prévert, fait divers métiers pour gagner sa vie et de la critique dramatique et cinématographique par plaisir. Il l’amène souvent au théâtre et au cinéma. Suzanne, sa mère (née Catusse), l’initie à la lecture. Il s’ennuie à l’école, et dès 15 ans, après son certificat d’études, il la quitte et multiplie les petits travaux, notamment au grand magasin Le Bon Marché. D’abord mobilisé en 1918, son service militaire se poursuit à Saint-Nicolas-de-Port où il rencontre Yves Tanguy avant d’être envoyé à Istanbul où il fera la connaissance de Marcel Duhamel.
En 1925, il participe au mouvement surréaliste, qui se regroupe au 54 de la rue du Château près de Montparnasse ; c’est en fait un logement « collectif » où habitent Marcel Duhamel, Raymond Queneau et Yves Tanguy. C’est Prévert qui fixera le terme de cadavre exquis pour définir le jeu littéraire auquel ses amis et lui se livrent. Prévert est toutefois trop indépendant d’esprit pour faire véritablement partie d’un groupe constitué, quel qu’il soit: il supporte mal les exigences d’André Breton. La rupture est consommée en 1930. En 1932, il écrit les textes pour le groupe Octobre et il participera aux Olympiades du théâtre à Moscou.
Il est le scénariste et dialoguiste de grands films français des années 1935-1945 notamment « Le Crime de Monsieur Lange » de Jean Renoir, « Remorques » et « Lumière d’été » de Jean Grémillon, « Drôle de drame », « Le Quai des brumes », « Le jour se lève », « Les Visiteurs du soir », « Les Enfants du paradis » de Marcel Carné. Il a, à deux reprises, adapté des contes de Hans Christian Andersen, d’abord « La Bergère et le Ramoneur » devenu « Le Roi et l’Oiseau », film d’animation de 1957, puis en 1964 , « Grand Claus et Petit Claus », autre conte d’Andersen, à la télévision, Le Petit Claus et le Grand Claus de son frère Pierre Prévert.
Ses poèmes sont mis en musique par Joseph Kosma dès 1935 (À la belle étoile) : ses interprètes seront entre autres Agnès Capri, Juliette Gréco, Les Frères Jacques. Son recueil Paroles, publié en 1946, obtient un vif succès.
Il écrit des pièces de théâtre. Son anticléricalisme parfois violent, est souvent occulté par le public, au profit de ses thèmes sur l’enfance et la nature.
Sa fille Michèle naît en 1946. Il épouse Janine Tricotet en 1947. Le 12 octobre 1948, il tombe d’une porte-fenêtre. Il reste plusieurs jours dans le coma.
À la suite de la résiliation de son bail par le propriétaire qui souhaitait récupérer l’appartement des remparts d’Antibes et n’ayant pu trouver le soutien du maire de l’époque pour rester dans ce logement qu’il aimait beaucoup, il quitte Antibes contraint et forcé ; sur les conseils du décorateur Alexandre Trauner, il achète une maison en 1971 à Omonville-la-Petite, dans la Manche. Le 11 avril 1977 il y meurt des suites d’un cancer du poumon, lui qui avait toujours la cigarette à la bouche. Il avait 77 ans.
Aux côtés de sa femme, de sa fille et de Trauner, il est enterré au cimetière d’Omonville-la-Petite, on peut également visiter sa maison. Non loin de là, à Saint-Germain-des-Vaux, ses amis ont aménagé un jardin dédié au poète.
II. Bibliographie de Jacques Prévert :
Œuvres
Recueils
- Paroles (1946)
- Histoires (1946)
- Spectacle (1951)
- La Pluie et le beau temps (1955)
- Lumières d’homme (1955)
- Histoires et d’autres histoires (1963)
- Fatras (1966)
- Imaginaires
- Choses et autres
- 1980 : Soleil de nuit, recueil posthume, édition préparée par Arnaud Laster avec le concours de Janine Prévert.
- 1984 : La Cinquième Saison, recueil posthume, édition préparée par Arnaud Laster et Danièle Gasiglia-Laster avec le concours de Janine Prévert.
- Œuvres complètes : Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, tome. 1, (1992) et tome. 2, (1996) (réimpression la plus récente du tome 1: 2008) (réimpression la plus récente du tome 2 : 2004)
Théâtre
- Octobre
Livres d’art et collages
- Grand Bal du printemps (1951)
- Charmes de Londres (1952)
- Durnes
- Couleur de Paris
- Le Cirque d’Izis
- Les Chiens ont soif
- Varengeville
- Fêtes
- Eaux-fortes (1973)
- Adonides
Livres pour enfants
- 1947 : Contes pour enfants pas sages
- 1947 : Le Petit Lion
- 1950 : Des bêtes
- 1952 : Lettre des îles Baladar
- 1952 : Guignol
- 1953 : L’Opéra de la lune
- 1952 : Bim, le petit âne
- 1980 : Le Roi et l’Oiseau
Autres ouvrages
- 1946 : Le Cheval de Trois
- 1951 : Vignettes pour les vignerons
- 1953 : Tour de chant
III. Le spectacle « En vers et en résistance » des secondes b, mis en scène par J.J EPERON.
Nous avons fait un spectacle de lecture à haute voix qui consistait à lire des poèmes engagés de Jacques Prévert sur scène. Pour faire ça, nous avons travaillé sur ce projet pendant une semaine avec J.J EPERON, metteur en scène ; K. OLLIER, prof de français et L. LELAIDIER. Pendant cette semaine, nous avons fait des vires langues qui consistent à prononcer des phrases dures à haute voix pour mieux articuler. Nous avons aussi choisi nos textes sur le thème de l’engagement que nous avons appris et travaillés. Nous avons également fait des collages à la manière de Prévert sur chacun des poèmes mis en scène. Ils ont été diffusés sur un grand écran en fond de scène durant le spectacle.
La notion d’engagement réunie plusieurs thèmes qui sont l’enfance, le racisme, l’indifférence, la solitude, la religion, le travail et les Hommes et leur stupidité.
Les poèmes lus étaient regroupés en plusieurs catégories :
- Les solos : chaque élève devait lire à haute voix un poème.
- Les trios : il y avait sept textes qui étaient lus à haute voix par trois élèves.
- Les chœurs : il y avait deux textes qui étaient lus à haute voix par moitié de classe.
IV. Exemples de collages de Prévert :
V. Exemple de poèmes lus :
- Solos : PAGE D’ECRITURE
(Lu par Guillaume ROUGIER)
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize…
Répétez! dit le maître
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize.
Mais voilà l’oiseau-lyre qui passe dans le ciel
l’enfant le voit
l’enfant l’entend
l’enfant l’appelle:
Sauve-moi joue avec moi oiseau!
Alors l’oiseau descend
et joue avec l’enfant
Deux et deux quatre…
Répétez! dit le maître
et l’enfant joue
l’oiseau joue avec lui…
Quatre et quatre huit
huit et huit font seize
et seize et seize qu’est-ce qu’ils font?
Ils ne font rien seize et seize
et surtout pas trente-deux de toute façon
et ils s’en vont.
Et l’enfant a caché l’oiseau dans son pupitre
et tous les enfants entendent sa chanson
et tous les enfants entendent la musique
et huit et huit à leur tour s’en vont
et quatre et quatre et deux et deux
à leur tour fichent le camp
et un et un ne font ni une ni deux
un à un s’en vont également.
Et l’oiseau-lyre joue
et l’enfant chante
et le professeur crie:
Quand vous aurez fini de faire le pitre!
Mais tous les autres enfants écoutent la musique
et les murs de la classe s’écroulent tranquillement
Et les vitres redeviennent sable
l’encre redevient eau
les pupitres redeviennent arbres
la craie redevient falaise
le porte-plume redevient oiseau.
LE CANCRE
(Lu par Nicolas VERNINE)
Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu’il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.
CHANSON DU GEOLIER
(Lu par Anthony GUET)
Où vas-tu beau geôlier
Avec cette clé tachée de sang
Je vais délivrer celle que j’aime
S’il en est encore temps
Et que j’ai enfermée
Tendrement cruellement
Au plus secret de mon désir
Au plus profond de mon tourment
Dans les mensonges de l’avenir
Dans les bêtises des serments
Je veux la délivrer
Je veux qu’elle soit libre
Et même de m’oublier
Et même de s’en aller
Et même de revenir
Et encore de m’aimer
Ou d’en aimer un autre
Si un autre lui plaît
Et si je reste seul
Et elle en allée
Je garderai seulement
Je garderai toujours
Dans mes deux mains en creux
Jusqu’à la fin de mes jours
La douceur de ses seins modelés par l’amour
- Trio : La chasse à l’enfant
(Lu par Guillaume ROUGIER, Pierre-Emmanuel MASSON et Valentin SYLVESTRE)
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements
Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant
Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s’est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant
Pourchasser l’enfant, pas besoin de permis
Tous le braves gens s’y sont mis
Qu’est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C’est un enfant qui s’enfuit
On tire sur lui à coups de fusil
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau.
Citroën
(Lu par Fanny BUNA, Pauline VALAT et Nicolas VERNINE)
À la porte des maisons closes
C’est une petite lueur qui luit…
Mais sur Paris endormi, une grande lumière s’étale :
Une grande lumière grimpe sur la tour,
Une lumière toute crue.
C’est la lanterne du bordel capitaliste,
Avec le nom du tôlier qui brille dans la nuit.
Citroën ! Citroën !
C’est le nom d’un petit homme,
Un petit homme avec des chiffres dans la tête,
Un petit homme avec un sale regard derrière son lorgnon,
Un petit homme qui ne connaît qu’une seule chanson,
Toujours la même.
Bénéfices nets…
Millions… Millions…
Une chanson avec des chiffres qui tournent en rond
500 voitures, 600 voitures par jour.
Trottinettes, caravanes, expéditions, auto-chenilles, camions…
Bénéfices nets…
Millions… Millions…Citron… Citron
Et le voilà qui se promène à Deauville
Le voilà à Cannes qui sort du Casino
Le voilà à Nice qui fait le beau
Sur la promenade des Anglais avec un petit veston clair
Beau temps aujourd’hui ! Le voilà qui se promène qui prend l’air
Il prend l’air des ouvriers, il leur prend l’air, le temps, la vie
Et quand il y en a un qui crache ses poumons dans l’atelier
Ses poumons abîmés par le sable et les acides, il lui refuse
Une bouteille de lait. Qu’est-ce que ça peut bien lui foutre
Une bouteille de lait ?
Il n’est pas laitier… Il est Citroën.
Il a son nom sur la tour, il a des colonels sous ses ordres.
Des colonels gratte-papier, garde-chiourme, espions.
Des journalistes mangent dans sa main.
Le préfet de police rampe sous son paillasson.
Citron ?… Citron ?… Millions… Millions…
Et si le chiffre d’affaires vient à baisser, pour que malgré tout
Les bénéfices ne diminuent pas, il suffit d’augmenter la cadence et de
Baisser les salaires des ouvriers
Baisser les salaires
Mais ceux qu’on a trop longtemps tondus en caniches
Ceux-là gardent encore une mâchoire de loup
Pour mordre, pour se défendre, pour attaquer,
Pour faire la grève…
La grève…
Vive la grève !
- Chanson collective :
Un peu de Prévert
Un peu de Prévert
Dans ma rue, mon univers
Un peu de Prévert
Dans mon sang, dans ma chair.
Un peu de Prévert
Sur nos cœurs endoloris
Un peu de Prévert
Aux enfants d’ici
Et du paradis.
VI. Déroulement du spectacle :
« Prévert en vers et de résistance »
1. Les chœurs (au milieu des spectateurs)
- Cet amour (11 élèves)
- Chanson dans le sang (10 élèves)
2. Les territoires de l’enfance (en avant scène)
- Premier jour (solo)
- Le cancre (solo) voir paroles ci-dessus
- Page d’écriture (solo) voir paroles ci-dessus
- La chasse à l’enfant (trio) voir paroles ci-dessus
- Les enfants qui s’aiment (solo)
- Les belles familles (solo)
3. Racisme, indifférence, solitude (côté jardin : à gauche)
- La grasse matinée (trio)
- Je suis comme je suis (solo)
- Déjeuner du matin (solo)
- Etranges étrangers (trio)
- Pour toi mon amour (solo)
- Chanson du geôlier (solo) voir paroles ci-dessus
4. Religion (côté cour : à droite)
- La brouette (solo)
- Pater Noster (trio)
5. Stupidité des hommes (centre-scène)
- Le sultan (solo)
- Le météore (solo)
- Il ne faut pas (solo)
- La sagesse des nations (solo)
- Quartier libre (solo)
- Familiale (solo)
- Le bouquet (solo)
- Composition française (solo)
- Chanson (solo)
- Discours sur la paix (solo)
- Barbara (trio)
6. Travail (avant-scène)
- Le temps perdu (solo)
- Citroën (trio) voir paroles ci-dessus
- Le paysage changeur (trio)
7. Chanson (tous les élèves) voir paroles ci-dessus
Les deux représentations ont eu lieu le jeudi 18 mars 2010 à 20 heures et le samedi 20 mars 2010 à 11 heures 30 à l’amphithéâtre du lycée.
Guillaume ROUGIER